
Sept arrêts exceptionnels, homme du match décerné par la Fifa et une admiration publique de Thibaut Courtois : Alireza Beiranvand a tenu ses cages face aux Diables rouges de Belgique. Derrière cette performance hors norme se cache le destin singulier d'un enfant de la province du Lorestan, qui a dormi dans les rues de Téhéran à 12 ans avant de devenir le meilleur gardien de l'histoire du football iranien - et le dernier rempart d'un Iran en quête d'une qualification historique contre l'Égypte.
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« Je crois que le gardien iranien a fait le match de sa vie. » Mondialement reconnu, le portier belge Thibaut Courtois a reconnu la valeur de son homologue en conférence de presse au terme d’un match dont personne ne pouvait connaître l’issue.
Après les performances de Josimar Dias, sauveur du Cap-Vert lors du match contre l’Espagne et Eloy Room, mur infranchissable de Curaçao face à l’Équateur, c’est maintenant au tour du gardien iranien de s’illustrer avec panache au Mondial 2026 . Avec sept arrêts exceptionnels et élu homme du match, Alireza Beiranvand entame une revanche personnelle et sportive.
Une performance hors norme sur fond de rivalités politiques
Détenteur du record mondial de la plus longue relance à la main (61 mètres), la capacité du gardien iranien à accélérer le jeu est devenue un facteur inhérent à la stratégie de l’équipe. Il est « l’un des plus grands gardiens de l’histoire du football iranien », s’exclame le sélectionneur de l’équipe iranienne, Amir Ghalenoei, lors de la conférence d’après-match. « Il a connu l’un de ses meilleurs jours. Il avait la concentration idéale », ajoute son coach, qui le décrit comme « extrêmement expérimenté » et « intelligent ».
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Pour Joseph-Antoine Bell, ancien gardien de l’équipe nationale du Cameroun, vainqueur de la CAN en 1984 et 1988, la performance du gardien iranien n’était pas un coup de chance. Elle est au contraire le fruit d’une préparation physique et technique épaulée par le staff de l’équipe.
« De manière générale, ce n’est pas dû au hasard, il a été bon, il avait confiance en lui et on ne peut pas improviser le calme. Il a su rassurer ses partenaires tout au long du match », souligne Joseph-Antoine Bell. « On pensait que ce n’était pas important, mais depuis l’apparition des entraîneurs de gardiens, il y a maintenant plus de 40 ans, le rôle du gardien est d’avoir le numéro un. Si une équipe veut faire un bon résultat, il faut un bon gardien dans tous les cas. Pour que tout ça arrive, il faut rechercher l’excellence. »
Au-delà des considérations purement sportives, Alireza Beiranvand, Iranien de 33 ans, aux 88 sélections en équipe nationale, a précisé lors d’une interview d’avant-match accordée à l'IRNA, média iranien pro-gouvernemental, qu’il « garderait les cages de l'équipe nationale aussi hermétiques que le détroit d'Ormuz ».
Une déclaration qui illustre, malgré tout, les contours d’une compétition qui dépasse les simples sentiers du sport, particulièrement quand l’un des pays hôtes de ce Mondial s’avère être les États-Unis, dont les relations avec l’Iran sont toujours aussi tendues malgré la signature d’un protocole d’accord.
Pour rappel, l’équipe iranienne, qui devait s’installer en début de compétition aux États-Unis, a dû déplacer son camp de base au Mexique par décision des autorités américaines. Interpellé lors d’une conférence de presse, le sélectionneur Amir Ghalenoei, ancien footballeur professionnel, avait déjà critiqué les conditions de préparation de son équipe et déclarait avant le match contre la Belgique qu’aucun entraîneur ne communique avec lui.
La vie compliquée d’un footballeur iranien
Né le 21 septembre 1992 dans la province du Lorestan, à l’ouest de l’Iran, et issu d’une famille paysanne, le destin footballistique du jeune Iranien n’était pas une évidence, malgré un talent qui émerge très tôt. Après son départ pour la capitale iranienne à 12 ans et sans argent, il vit un certain temps comme sans-abri et subsiste grâce à un enchaînement de petits boulots.
Les opportunités apparaissent assez vite. Arrivé à Téhéran, Alireza fait la rencontre dans un bus de Hossein Feiz, entraîneur du club local de Vahdat Téhéran. Ce dernier, intrigué par la volumineuse corpulence du jeune gardien, lui propose de rejoindre l’entraînement moyennant une somme d’argent à réunir. Refusant l’offre faute de moyens, il finit par camper devant les grilles du club en attendant de trouver une solution. Finalement, après être resté plusieurs nuits devant l’entrée, on lui offre l’opportunité de rejoindre ses nouveaux coéquipiers sans rien payer.
En 2011, il s’engage dans un des clubs de la capitale, le Naft Téhéran FC, et parvient à qualifier son équipe à la Ligue des champions asiatique. Après un désaccord entre le club et Alireza, ce dernier confirme son talent auprès du club de Persépolis, et ce, jusqu’en 2020. Beaucoup remarquent ainsi son habileté exceptionnelle pour relancer à la main, peut-être issue du jeu traditionnel typique de la province montagneuse du Lorestan appelé Dalparan, qui consiste à lancer des pierres le plus loin possible le temps de garder les troupeaux.
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En 2017, il est le tout premier joueur iranien à être sélectionné aux The Best FIFA Football Awards (Meilleur footballeur de l'année FIFA), à titre individuel. Il participe au Mondial de 2018, dont on retient son arrêt sur penalty face au quintuple Ballon d’Or Cristiano Ronaldo.
Il participe aussi lors des phases de groupes du Mondial 2022, malgré une grave blessure dans les premières minutes du match contre l’Angleterre, l’obligeant à sortir sur civière. Au terme de l’année 2019, il est cependant nommé meilleur joueur iranien et tente de faire carrière en Europe, par des passages en Belgique et au Portugal peu fructueux. Ainsi, entre 2020 et 2022, il n’aura joué dans ces deux pays que 21 matchs avant de retourner au Persépolis FC.
Pejman Rahbar, rédacteur en chef de la revue Varzesh (« Sport ») en Iran, et qui a pu suivre Alireza depuis ses débuts, admet qu’il a un caractère très singulier et qu’il a pu commettre certaines erreurs d’appréciation quand il a quitté son club de Persépolis pour Tractor FC. « Quand il part de Persépolis pour Tractor FC, deux des plus grands clubs d’Iran, ça a été une décision très controversée entre lui et les fans de Persépolis. C’est comme vous dire qu’un joueur part du Paris Saint-Germain pour aller à Marseille. Sa famille et lui ont été beaucoup hués par les fans de Persépolis lorsque les deux clubs se sont rencontrés, c’était à peine croyable. »
Pour autant, sa prestation lors du match face à la Belgique a été approuvée par tous et chacun espère encore une prouesse face aux Égyptiens que beaucoup considèrent comme le dernier rempart à la qualification, confie Pejman Rahbar à RFI. « Il est le meilleur gardien que l’Iran n’ait jamais connu. Il faudra défendre contre l’Égypte, c’est la meilleure équipe du groupe, ils ont été très bons lors de leurs deux premiers matchs. Il faudra défendre pour prendre un point en cas d’égalité ou même les trois points en cas de victoire », poursuit le journaliste.
Le prochain match des Iraniens les oppose à l'Égypte de Mohamed Salah, samedi 27 juin à 5h00 TU : ultime défi pour décrocher une qualification historique en phase éliminatoire.
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