Trump, MMA et déclin d’une star: le retour controversé de Conor McGregor

Trump, MMA et déclin d’une star: le retour controversé de Conor McGregor

Cinq ans après son dernier combat, Conor McGregor revient dans l’octogone ce samedi soir pour affronter Max Holloway. Étoile filante de l’UFC, l’Irlandais est lentement devenu une caricature de lui-même, dépassé par sa célébrité, accusé de viol et relais d’une idéologie identitaire. Portrait.

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« The Mac is back. » Difficile, pourtant, d’y voir un retour triomphal. Après cinq ans sans combattre, Conor McGregor renfile les gants pour une revanche de l’un de ses premiers combats à l’Ultimate Fighting Championship (UFC) – l’organisation d’arts martiaux mixtes (MMA) la plus connue. Ce combat l’opposera, samedi 11 juillet, à Max Holloway, que McGregor, alors âgé de 25 ans, avait déjà battu en août 2013.

« Je suis à mon apogée, à l’heure actuelle et pour toujours », a assuré l’Irlandais lors d’une conférence de presse à Las Vegas le 9 juillet. Sur l’estrade aux côtés de Dana White, patron de l’UFC, proche de Donald Trump et soutien inconditionnel de McGregor, sa poule aux œufs d’or, le combattant de 37 ans a tenté de faire renaître la personnalité fantasque de ses débuts. Diffusée en direct sur YouTube, la conférence a attiré plus de 200 000 spectateurs – preuve de la capacité encore impressionnante de la star à faire se déplacer les foules.

Devenu célèbre pour son trash-talk et ses réactions sensationnalistes, quoique parfois déplacées, McGregor – surnommé The Notorious – ne semble plus aussi naturel ou à l’aise dans ce rôle dont il a perdu le contrôle. Le combattant brillant qui s’illustrait jadis pour ses prouesses dans l’octogone s’est lentement embourbé dans une tourbière dans laquelle il continue de s’enfoncer.

Comète assourdissante

Après sa première victoire contre Max Holloway, Conor McGregor signe seulement son deuxième combat dans l’UFC. Mais déjà, l’engouement autour du jeune Irlandais est immense. Et pour cause, voilà cinq ans qu’il se fait un nom en aplatissant presque systématiquement ses adversaires dans des organisations de MMA irlandaises et britanniques. Entre 2008 et 2012, il participe à 14 combats et n’en perd que deux.

Plus important, le jeune homme impressionne par sa force de frappe. Lorsqu’il gagne, le combat dépasse rarement le premier round et se termine presque systématiquement par un KO. Le 12 mars 2011, il assomme son adversaire Mike Wood en 16 secondes et rempile, un mois plus tard, en abattant Paddy Doherty en à peine 4 secondes. Ces passages remarqués dans les ligues mineures attirent l’attention de l’UFC, à la recherche de jeunes talents pour venir grossir ses rangs.

Une occasion en or pour l’enfant de la banlieue dublinoise de Crumlin, plombier de formation, qui avait arrêté ce travail pour se concentrer pleinement sur son sport. Après ses deux premières victoires, McGregor continue sur sa lancée et gravit les échelons à une vitesse fulgurante. Son style, imprévisible et acrobatique, couplé à la puissance de son bras gauche avec lequel il décoche des frappes chirurgicales gagne l’admiration des fans. Il remporte ses quatre prochains combats et s’offre le titre de champion intérimaire des poids plumes après sa victoire contre Chad Mendes.

Au fur et à mesure, l’Irlandais gagne en assurance. Il parle. Et il parle beaucoup. Chaque conférence de presse devient une scène qu'il met à profit pour bâtir son personnage, arrogant, sûr de lui et dont les paroles sont toujours suivies d’action dans l’octogone. « Conor McGregor était très talentueux, mais ce qui a fait de lui le combattant le plus populaire de l’histoire c’est sa capacité à parler », résumait la légende québécoise du MMA Georges Saint-Pierre dans un podcast. « Vous vouliez le voir gagner ou vous vouliez le voir perdre. » Dans tous les cas, Le Notorious captivait l'attention.

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Triomphe et chute

Et pour cause, le combat contre Chad Mendes voit plus de 16 000 spectateurs se masser dans les gradins pour des recettes de billetterie annoncées à plus de 7 millions de dollars , un record pour le MMA aux États-Unis. Pour le prochain combat de McGregor, l’UFC dresse face à lui le Brésilien José Aldo, champion des poids plumes, invaincu depuis cinq ans.

De nouveau, 16 500 spectateurs se déplacent, générant 10 millions de dollars de recettes pour ce seul événement. En amont, l’Irlandais s’affiche plus confiant que jamais. Pendant une conférence de presse à Rio, il déclare face à une foule qui le conspue : « je possède cette ville, je possède Rio de Janeiro ». Le jour du combat venu, l’Irlandais ne fait pas durer le suspense. Treize secondes, c’est tout ce qu’il lui faudra pour mettre KO Aldo et repartir avec le titre.

Un an plus tard, il monte d’une catégorie et décroche la ceinture de poids léger en battant Eddie Alvarez, devenant au passage le seul double champion de l’histoire de l’UFC. Au sommet de sa gloire, confiant comme jamais, McGregor est finalement défait deux ans plus tard par le lutteur implacable daghestanais, Khabib Nurmagomedov. Après des mois de joutes verbales, d’insultes et de débordements au cours desquels l’Irlandais se montre particulièrement incisif, la défaite écorne sa fragile aura d’invincibilité.

Trois combats plus tard, sa jambe se fracture en plein affrontement avec Dustin Poirier et McGregor est contraint au forfait. L’Irlandais se concentre alors sur son empire financier, tout en s’affichant de plus en plus sur la scène politique où il dévoile une idéologie identitaire et nationaliste.

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Derrière le mythe

Difficile d’estimer précisément combien le gaucher a empoché de billets verts grâce à sa seule carrière. Une chose est certaine, chaque combat à partir de son premier titre de poids plume intérimaire lui a rapporté plusieurs millions de dollars. Ceci sans compter le match d’exhibition de boxe auquel il s’est livré en 2017 avec Floyd Mayweather, qui a rapporté plus de 100 millions de dollars à ce dernier, rapporte L’Équipe . L'Irlandais a lui aussi eu droit à sa part du gâteau, quoique moins importante.

Comme tous les athlètes ultra-riches, c’est en dehors des rings que le combattant a bâti sa fortune. Création d’une marque de whisky et d’une marque de bière, contrats publicitaires… en 2021, il aurait amassé 180 millions de dollars sur cette seule année, estime Forbes , dont 158 millions de dollars générés en dehors du ring. Depuis, l’Irlandais continue de développer son business, allant jusqu’à jouer les seconds rôles dans un film aux côtés de Jake Gyllenhaal.

Loin de l'UFC, McGregor est apparu de plus en plus intéressé par la politique, déclarant notamment en 2025 sa candidature à l’élection présidentielle irlandaise prévue en novembre de la même année. Ce faisant, il a assumé une ligne identitaire, hostile à l'immigration, proche des thèses véhiculées par Elon Musk et par Donald Trump. Si le monde de l’UFC est intimement lié, par l’intermédiaire de son chef Dana White, au président des États-Unis, le combattant irlandais a profité d’une visite à la Maison Blanche en mars 2025 pour lui prêter allégeance.

Invité à Washington à l’occasion de la Saint-Patrick, il a insisté auprès de la presse réunie pour l’occasion que l’Irlande était « sur le point de perdre son caractère irlandais » en raison du « racket de l'immigration illégale ». Il s’est également affiché arborant une casquette « Make Ireland Great Again » et n'a pas manqué de prendre un cliché aux côtés de Nigel Farage, le leader du parti britannique Reform UK, virulent opposant à l’immigration au Royaume-Uni. Autant de prises de positions qui ont durablement entaché l’image, un temps célébrée, du jeune athlète fougueux.

Elles s’ajoutent à de lourdes accusations de la part d’une femme, Nikita Hand, aujourd’hui trentenaire, qui assure que l’Irlandais l’a « brutalement violée et battue » dans une chambre d’hôtel en 2018. S’il clamait encore son innocence pendant une autre conférence de presse le 9 juillet 2026 , McGregor a pourtant été reconnu coupable, au civil, en novembre 2024 et condamné à verser 240 000 euros à la plaignante. Son appel de ce jugement a été rejeté en 2025.

Ce retour, après cinq ans d’absence, une condamnation infamante et de multiples controverses, ressemble ainsi plus à une ultime tentative de sauver une façade en décomposition qu’au chant du cygne dont l’Irlandais fait la promotion.

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